SOUKOT A LA CIPA

mardi 1er novembre 2016
par  Joël-Dan Bensousan
popularité : 94%

Le 19 octobre a eu lieu le repas dans la souka. Ce fut l’occasion de voir combien notre communauté est attachée à nos valeurs et suit nos manifestations. Une grande fête dans la joie et la bonne humeur et comme d’habitude, Joëlle et Avi n’ont pas ménagé leurs efforts pour que cette soirée soit une réussite.

Nous avons eu la grande chance d’avoir avec nous Edouard Robberechts, Maitre de conférence en philosophie juive qui nous a parlé de la signification de la Souka dans un brillant exposé dont voici quelques éléments, en espérant ne pas trahir sa pensée :
Depuis toujours, l’homme évolue dans un équilibre précaire, instable, et oscille entre deux voies : le sédentarisme dans ses certitudes, sa volonté de gérer, maitriser toutes choses dans notre monde, toujours dans l’action, c’est Caïn le sédentaire travaillant la terre, préfigurant l’occident, et le nomadisme, empreint de poésie, attaché aux livres au doute, toujours à l’écoute, c’est Abel le nomade, berger faisant paitre ses moutons préfigurant l’orient. Et nous savons à quoi ont conduit ces deux positions opposées.
Apres avoir prié pour Kippour pour être pardonné de nos erreurs, il nous faut aller dans la souka. Pourquoi ?
Parce que, nous dit Edouard Robberechts, aller dans la souka, c’est prendre conscience de la fragilité de notre condition et donc chercher un modus vivendi entre ces deux positions, mettre ensemble l’action sédentaire et l’écoute nomade, la juste manière de traverser l’histoire. Mais c’est très difficile et on n’a pas pu encore le faire. C’est pourquoi on doit aller encore dans la souka. On n’y est pas installé aussi confortablement que dans nos maisons malgré la table et les chaises, le toit laisse passer le froid et la pluie ainsi que les bruits extérieurs, on n’est pas dans la pleine lumière de la transcendance mais dans l’ombre, l’espace dans lequel l’homme doit exercer ses choix et son libre arbitre. Car tout n’est pas dicté, autrement nous ne serions que des robots obéissants et sans responsabilité , la voie ouverte au fanatisme
C’est ça soukot Ce n’est pas seulement manger et chanter dans la souka, c’est surtout se poser la question : que fait on ici, pour quoi la souka ? Se mettre en mouvement dans cette voie médiane car l’histoire n’est pas finie. Quand Israël a reçu la Torah, il lui a été dit « nous ferons et nous écouterons » C’est très problématique nous dit Edouard Robberechts : je ne peux pas faire si je n’ai pas écouté mais si j’écoute est ce que je peux encore faire ? Une action qui ne sature pas mon écoute, pas évident car quand j’agis je pense que c’est bien alors je n’écoute plus !La quadrature du cercle !
Il ne reste qu’une seule voie, difficile, mettre ensemble l’action sédentaire et l’écoute nomade. La seule voie pour arriver au vivre ensemble. Serait-ce cela, l’arrivée du temps messianique nous dit Edouard ? On sera humain ou personne ne le sera à notre place.
Voila une belle conclusion

Roland Ben Sousan